samedi 9 décembre 2017

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre

  Lundi 11 décembre 2017
16h-18h
L'invention de la bibliographie et les voyages littéraires
en France, XVe-XVIIIe siècle (2)
par
Monsieur Frédéric Barbier
directeur d'études

Saint-Germain-des-Prés
L’émergence de la «science des livres» s’articule avec le processus de reconfiguration épistémologique engagé depuis le premier tiers du XVIIe siècle, et qui concerne non seulement la bibliothéconomie moderne (celle de Gabriel Naudé), mais aussi la critique des textes, la diplomatique et les sciences auxiiaires de l'histoire, sans oublier l'histoire du livre: à l’époque de la Contre-Réforme, il s’agit de répondre à l’érudition et à la pédagogie moderne développées dans le monde protestant.
On pense aux jésuites ou à leurs élèves, à Antonius Sanderus (1586-1664) ou encore à Jean Bolland (1596-1665). On pense aux Vannistes en Lorraine (du nom de l’abbaye de Saint-Vanne à Verdun) et à leur fondateur, dom Didier de La Cour (1550-1623) en 1604. Mais on pense surtout, dans le royaume de France, à la nouvelle Congrégation fondée par les Bénédictins à Paris, approuvée par le roi en 1618 et autorisée par le pape en 1621: celle des Mauristes, dont l’objet est, comme à chaque fois, de réanimer la règle initiale de saint Benoît. Ce souci de revenir aux origines se traduit implicitement par le souci de développer la recherche historique. Les Mauristes vont très vite s’orienter vers ce troisième point, notamment sous l’impulsion de leur général dom Grégoire Tarrisse (de 1630 à 1648). Ils compteront plus de 190 maisons à la fin du XVIIe siècle, en particulier dans le nord, l’ouest et le centre du royaume.
La Congrégation est organisée en six «provinces»: France (Île-de-France), Normandie, Bretagne, Chezal-Benoît, Bourgogne et Toulouse. À compter de 1631, la tête est à Saint-Germain-des-Prés. Comme un certain nombre des plus anciennes abbayes du royaume adhère à la Congrégation, celle-ci dispose souvent de très riches bibliothèques: ainsi de Saint-Germain des Prés (dirigée d’abord par dom Luc d’Achery), mais aussi de Saint-Denis, de Corbie (dont les fonds sont en partie déplacés à Paris), de Saint-Rémy de Reims, de Saint-Benoît s/Loire, de Chezal-Benoît, de Saint-Vincent (au Mans) ou encore du Mont-Saint-Michel.
Les devoirs des Mauristes concernent d’abord la formation des jeunes gens, avec une attention spécifique donnée à la philosophie, à la théologie, aux sciences humaines et au chant. S’agissant de ce que nous appellerions la recherche proprement dite, leurs thèmes privilégiés sont l’histoire de l’Église, l’histoire de l’ordre des Bénédictins, les textes sacrés et les vies de saints. Ce travail est organisé dans les différentes maisons, mais il s’opère en réseau à partir de Saint-Germain-des-Prés: les Mauristes se fondent d’abord sur leurs propres collections, puis ils entreprennent d’explorer celles des autres maisons, ils entretiennent une très vaste correspondance savante (souvent en latin), et ils finissent par organiser de véritables missions de recherche sur place, mission dont un certain nombre fait l’objet de publications. La plus connue est celle de

dom Edmond Martène, dom Ursin Durand,
Voyage littéraire de deux religieux bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur. Où l’on trouvera: I. Quantité de pièces, d’inscriptions et d’épitaphes servantes à éclaircir l’histoire & les généalogies des anciennes familles. II. Plusieurs usages des églises cathédrales et des monastères touchant la discipline & l’histoire des églises des Gaules. III. Les fondations des monastères, & une infinité de recherches curieuses et intéressantes qu’ils ont faites dans près de cent évêchez & huit cent abbayes qu’ils ont parcouru. Ouvrages enrichi de figures. Première [seconde] partie,
À Paris, chez Florentin Delaulne, Hilaire Foucault, Michel Clouzier, Jean Geofroy Nyon, Estienne Ganeau, Nicolas Gosselin, MDCCXII [1717]-MDCCXXIV [1724], Avec approbation et privilège du roi, 3 vol., 4°.
La conférence interrogera ces sources à nouveaux frais pour en tirer une approche des bibliothèques des maisons religieuses, des grandes églises et de certains particuliers en France, dans les «anciens Pays-Bas» et dans une partie des pays germanophones au tournant des années 1700.


Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26). Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.

mercredi 6 décembre 2017

Soutenance de thèse de doctorat

 Avis de soutenance de thèse de doctorat

Monsieur Qinghua LIU
soutiendra publiquement ses travaux de thèse intitulés
Missions et chrétientés en transition:
la paroisse urbaine de Pékin au XVIIIe siècle

Les travaux ont été dirigés par Monsieur Jean-Robert Armogathe

La soutenance est prévue pour le
vendredi 08 décembre 2017,
à 9h00

Lieu : Maison des Sciences de l'Homme, 54 boulevard Raspail, 75006 Paris,
salle EPHE AS1-09 (1er sous-sol, salle 9)

Jury
MM Jean-Robert ARMOGATHE, École Pratique des Hautes Études, directeur de la thèse
Luca GABBIANI, École française d’Extrême-Orient, pré-rapporteur
M. Vincent GOOSSAERT, École Pratique des Hautes Études, examinateur
M. Nicolas STANDAERT, Université catholique de Louvain, pré-rapporteur
 
Résumé :
Ce travail présente une histoire sociale de la paroisse du Beitang à Pékin.
La première partie montre l’évolution de la paroisse, depuis son émergence en 1688 dans la Cité impériale à sa fermeture en 1827. Après avoir rappelé les services rendus à la Cour par les jésuites suivant leurs divers «métiers», nous avons analysé la situation des jésuites de Pékin après 1773, au moment de la crise de la Compagnie en Europe et en Chine.
Les lazaristes arrivèrent en 1785 dans une situation de chaos où se trouvaient les jésuites et leur succédèrent à la Cour des Qing. À la suite des révoltes et des crises de l’Empire, l’état de la mission à Pékin devint de plus et plus fragile, et se posa alors le problème du maintien des chrétientés fragmentées avant l’expulsion des lazaristes par l’empereur mandchou.
La seconde partie illustre la constitution d’un réseau, d’une structure et de la vie religieuse d’une paroisse urbaine. En mettant en lumière la coopération de tous les membres de la paroisse, on voit comment cette communauté a pu établir et maintenir une église, une maison charitable et un séminaire dans la société locale. On y voit une religiosité chrétienne sous une forme française; mais d’autre part, elle rejoint également la tradition des diverses religions chinoises.
Nous avons présenté les formes de la piété, les missionnaires, les procureurs, les clergés indigènes et les laïcs dans toutes leurs fonctions pour former une paroisse active au centre ville, dans l’exercice de sa vie religieuse. Avec une liste des livres sacrés et livres de morale chrétiens de langue chinoise, les confréries et les laïcs jouèrent un rôle important dans cette vie, dans le contexte de la Révolution française où le nombre de missionnaires envoyés en Chine était particulièrement réduit.
Communiqué par Monsieur Liu.

samedi 2 décembre 2017

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre

  Lundi 4 décembre 2017
16h-18h
L'invention de la bibliographie et les voyages littéraires
en France, XVe-XVIIIe siècle (1)
par
Monsieur Frédéric Barbier
directeur d'études


Depuis l’Antiquité, l’accumulation et la conservation des savoirs sont assurées par le recours à l’écrit, puis à l’imprimé (ce sont les «garde-mémoire» de Régis Debray). Ces artefacts, contre lesquels s’élevait Platon, fonctionnent comme des prothèses de la mémoire, mais ces prothèses ont aujourd'hui pris une telle importance qu’elles ont fondé de nouveaux domaines scientifiques (les sciences de l’information et de la communication). On estime que la masses de informations produites en un délai de deux ans équivaut au double de celles créées depuis les origines de l’humanité. La croissance exponentielle des «big data» donne une puissance insoupçonnée à ceux qui peuvent les maîtriser, mais elle suppose aussi que des instruments d’analyse adaptés soient mis en place.
Ces phénomènes qui changent ainsi de dimension, et de nature, ne sont pour autant pas nouveaux. Si des outils ont été progressivement élaborés pour collecter et pour exploiter les informations disponibles (le modèle fondateur est en Occident celui de la bibliothèque d’Alexandrie), ils ont dû s’adapter au changement d’échelle imposée par la révolution gutenbergienne au milieu du XVe siècle, tandis que le XVIIIe siècle les a introduits en tant que tels dans la taxonomie théorique (le tableau du savoir) et pratique (le classement des bibliothèques).
Un mot, encore, avant d’entrer in medias res: les processus que nous entreprenons de décrire se déploient selon une chronologie de long terme, ils font partie, comme l’histoire culturelle en général (l’histoire des mentalités) et l’histoire du livre en particulier, de ce que Pierre Chaunu désignait comme l’«histoire du troisième niveau». Dans le même temps, ils se déploient dans une perspective qui est celle de la «république des lettres», même si notre présentation privilégiera de fait le cadre du royaume de France.
Une bonne compréhension de ce qui se passe au XVIIIe siècle suppose donc de remonter suffisamment en amont, jusqu’au tournant du Moyen Âge à l’époque moderne. Parallèlement, la chronologie des phénomènes relevant de l’histoire des cultures et des mentalités –et de l’histoire du livre– est elle-même spécifique, en ce sens qu’ils mettent en jeu des enchaînement très complexes se déployant eux-mêmes sur plusieurs générations: de l’innovation de procédé à l’innovation de produit, à la lente appropriation des nouveaux contenus dans leurs nouveaux dispositifs, et aux changements que cette appropriation elle-même peut induire. Intégrer le changement prend beaucoup de temps: l’invention de la typographie en caractères mobiles date des années 1452-1455, quand ses conséquences ultimes peuvent être datés des années 1620-1630 – le temps, précisément, que Pierre Chaunu qualifiait de «miracle».

Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26). Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

mercredi 29 novembre 2017

Nouvelle publication

Il y a dix ans disparaissait Henri-Jean Martin, le fondateur en France de la «nouvelle histoire du livre». Nous nous permettons à cet égard de renvoyer aux Mélanges Henri-Jean Martin (Le Livre et l’historien, publié chez Droz, dans la collection de l’EPHE), et à l’article «Une vie de chercheur: Henri-Jean Martin (1924-2007)» (Histoire et civilisation du livre. Revue internationale, III (2007), p. 4-11.
Mais la fécondité de l’œuvre de Martin est à nouveau démontrée par la publication très récente d’une nouvelle traduction de L’Apparition du livre en portugais (brésilien):
 Lucien Febvre, Henri-Jean Martin,
O Aparecimento do livro, trad. Fulvia M. L. Moretto, Guacira Marcondes Machado,
Sao Paulo, Edusp, 2017, 574 p., ill.
ISBN 978 85 314 1567 8

La traduction reprend le texte de l’édition originale (Paris, Albin Michel, 1958), mais cette publication est notablement enrichie par les pièces suivantes (écrites ou traduites en brésilien):
une importante «Préface à la deuxième édition brésilienne», par Marisa Midori Deaecto (p. 11-34);
la postface de la 3e édition française (1999): Frédéric Barbier, «Écrire L’Apparition du livre» (p. 441-485);
en annexe, la traduction de la correspondance échangée entre Febvre et Martin à propos de l’ouvrage: «Apprendre le métier d’historien: correspondance inédite adressée par Lucien Febvre à Henri-Jean Martin, 1952-1956», éd. Frédéric Barbier, dans Histoire et civilisation du livre. Revue internationale, VI (2010), p. 17-31 (signalons au passage que cette même livraison de la revue propose un important et précieux article de Mario Infelise, «L’Apparition du livre et l’histoire du livre en Italie», p. 7-16). La maison Droz est par tradition une amie des savants et des érudits, et nous lui rendons publiquement hommage pour avoir mis gracieusement à disposition le texte publié de la correspondance.
Les illustrations de l'ouvrage sont en couleurs, et le texte lui-même a été corrigé de quelques coquilles qui figuraient dans la première édition française, et qui n’avait jamais été amendées.
Nous nous réjouissons de ce que la publication de cette nouvelle édition brésilienne coïncide symboliquement avec le dixième anniversaire de la disparition de notre maître.

Interview de Madame Deaeacto à propos du livre (en brésilien):
http://jornal.usp.br/atualidades/edusp-relanca-o-aparecimento-do-livro/

vendredi 24 novembre 2017

Conférence d'histoire du livre

Miklós Zrínyi, par Elias Wideman, 1652
École normale supérieure (Ulm)
Labex TransferS
Institut d’histoire moderne et contemporaine

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre

  Lundi 27 novembre 2017
16h-18h
Transferts et modernité dans la théorie politique du XVIIe siècle:
Miklós Pázmány et le jeune Miklós Zrínyi
par
Monsieur István Monok,
professeur à l’Université de Szeged,
directeur général des Archives et Bibliothèques de l’Académie des sciences de Hongrie,
professeur invité étranger à l’École normale supérieure (Labex TransferS)

Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26). Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.

Cette conférence est la quatrième et dernière de la série présentée sur le thème
«Les transferts culturels à l’œuvre: culture française, librairie et pratiques de lecture en Hongrie royale de la fin du XVe siècle aux années 1680»
par Monsieur Monok durant son séjour parisien. 

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

vendredi 17 novembre 2017

Conférence d'histoire du livre

Ex libris de Balthasar Batthyány
 École normale supérieure (Ulm)
Labex TransferS
Institut d’histoire moderne et contemporaine

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre

  Lundi 20 novembre 2017
16h-18h
Étude de cas: Balthasar Batthyány, ou l’humanisme de la Réforme à travers les textes français
par
Monsieur István Monok,
professeur à l’Université de Szeged,
directeur général des Archives et Bibliothèques de l’Académie des sciences de Hongrie,
professeur invité étranger à l’École normale supérieure (Labex TransferS)

Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26). Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.

Cette conférence est la troisième d'une série de quatre conférences  présentées sur le thème
«Les transferts culturels à l’œuvre: culture française, librairie et pratiques de lecture en Hongrie royale de la fin du XVe siècle aux années 1680»
par Monsieur Monok durant son séjour parisien. 

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

samedi 11 novembre 2017

Conférence d'histoire du livre

Nouveau Testament hongrois, 1541
 École normale supérieure (Ulm)
Labex TransferS
Institut d’histoire moderne et contemporaine

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre

  Lundi 13 novembre 2017
16h-18h
Humanisme et piété dans les lectures en Hongrie au début du XVIe siècle
par
Monsieur István Monok,
professeur à l’Université de Szeged,
directeur général des Archives et Bibliothèques de l’Académie des sciences de Hongrie,
professeur invité étranger à l’École normale supérieure (Labex TransferS)

Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26). Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.

Cette conférence est la seconde d'une série de quatre conférences  présentées sur le thème
«Les transferts culturels à l’œuvre: culture française, librairie et pratiques de lecture en Hongrie royale de la fin du XVe siècle aux années 1680»
par Monsieur Monok durant son séjour parisien. 

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

mardi 7 novembre 2017

Conférence d'histoire du livre

École normale supérieure (Ulm)
Labex TransferS
Institut d’histoire moderne et contemporaine

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre

Mardi 7 novembre 2017
14h-16h
Livres français, lecteurs hongrois, années 1470-1680:
introduction à la problématique, aperçu sur les sources, mise en place de la chronologie
par
Monsieur István Monok,
professeur à l’Université de Szeged,
directeur général des Archives et Bibliothèques de l’Académie des sciences de Hongrie,
professeur invité étranger à l’École normale supérieure (Labex TransferS)

Lieu: École normale supérieure, 45 rue d’Ulm, 75005 Paris, salle de conférences de l’Institut d’histoire moderne et contemporaine (escalier D, 3e étage).

La conférence est publique, dans la limite des places disponibles. Elle ouvre une série de quatre conférences publiques présentées sur le thème
«Les transferts culturels à l’œuvre: culture française, librairie et pratiques de lecture en Hongrie royale de la fin du XVe siècle aux années 1680» par Monsieur Monok durant son séjour parisien. 

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

mercredi 1 novembre 2017

Nouvelle publication

Histoire et civilisation du livre. Revue internationale
Genève, Librairie Droz
XIII (2017), 429 p., ill.
ISBN 978 2 600 05839 1


Sommaire
Contrefaçons dans le livre et l’estampe, XVe-XXIe siècle, dossier édité par Yann Sordet
La contrefaçon éditoriale: qualification juridique et raison économique, par Yann Sordet
La contrefaçon dans les anciens Pays-Bas (XVe-XVIIe siècle), par Renaud Adam
Un geste éditorial: la publication de contrefaçons. L’exemple des recueils du poète Claude de Trellon sous la Ligue et sous Henri IV, par Audrey Duru
La contrefaçon du théâtre français au XVIIe siècle, par Alain Riffaud
Le graveur Louis Simonneau et ses plagiaires: Gantrel, Cars, Malbouré et Limousin, par Véronique Meyer, avec la participation d’Anne Nadeau
Les contrefaçons du Dictionnaire de l’Académie française au XVIIIe siècle: Nîmes et Avignon, par Isabelle Turcan
Un Lyonnais pris en flagrant délit d’impression du Contrat social, par Dominique Varry
L’origine lyonnaise de la fausse édition Bassompierre du Bélisaire de Marmontel, par Daniel Droixhe
L’estampillage des contrefaçons en 1777 et l’édition juridique, d’après les archives des chambres syndicales d’Orléans, de Dijon et de Nancy, par Sébastien Évrard
Des beaux ornements aux belles bibliothèques. À propos de l’édition clandestine des Œuvres de Brantôme par Jean-Edme Dufour (Maastricht, 1779), par Muriel Collart
Une réponse aux contrefaçons: le privilège partagé. Le cas d’Antoine Dezallier à Paris et [de] Thomas Amaulry à Lyon, par Henriette Pommier
Charles-Antoine Jombert (1712-1784), ou la parade à la contrefaçon, par Greta Kaucher
La contrefaçon «légale» dans le livre et l’estampe aux États-Unis (1831-1891), par Alexandre Page
Quand les Digital Rights Managment sèment la discorde, par Hélène Seiller-Juilleret
Une contrefaçon exceptionnelle: quelques mois à peine après la parution de l'original bâlois, Georg Stuchs donne à Nuremberg, sous la fausse adresse de Bâle, la première contrefaçon du Narrenschiff en latin (Stultifera navis). GW 5055, exemplaire de la Bibliothèque nationale Széchényi, Budapest
Études d’histoire du livre
Michel d’Amboise et l’illustration des Epistres veneriennes, par François Rouget
Dans la tourmente révolutionnaire: les bibliothèques de Strasbourg et leurs catalogues, par Marie-Claire Boscq
Devenir illustrateur ornemaniste à l’âge romantique: l’exemple d’Hercule Catenacci (1814-1884), par Yoann Brault
La Bibliothèque francophone d’Hochelaga (1925-1945), par Marie-Hélène Grivel
Les risques du métier: être conservateur de bibliothèque dans une ville annexée par l’Allemagne national-socialiste, par Catherine Maurer

Livres, travaux et rencontres
Palacio Real de Madrid, Catalogo de la Real Biblioteca, tomo XII: impresos del siglo XVI (Christian Péligry)
Catherine II de Russie, Friedrich Melchior Grimm, Une correspondance privée, artistique et politique au siècle des Lumières (Sabine Juratic)
Antonio Castillo Gómez, Leer y oi leer. Essayos sobre la lectura en los Siglos de Oro (Alain Hugon)
Greta Kaucher, Les Jombert. Une famille de libraires parisiens dans l’Europe des Lumières (1680-1824) (Catherine Volpilhac-Auger)
Les Labyrinthes de l’esprit: collections et bibliothèques à la Renaissance (Florine Lévecque-Stankiewicz)
Marie Lezowski, L’Abrégé du monde. Une histoire de la bibliothèque Ambrosienne (vers 1590- vers 1660) (Emmanuelle Chapron)
David Sporer, Uvod u provijest knjige. Temelji pristupa [Introduction à l’histoire du livre. Fondements d’une approche] (Daniel Baric)
Natale Vacalebre, Come le armadure e l’armi. Per una storia delle antiche biblioteche della Compagnia di Gesù. Con il caso di Perugia (Jérémy Chaponneau)
Tendances actuelles de la recherche en histoire du livre en Europe centrale: un panorama des publications des quinze dernières années, par István Monok

vendredi 27 octobre 2017

Nouvelle publication

Ex oriente amicitia. Mélanges offerts à Frédéric Barbier à l’occasion de son 65e anniversaire, éd. Claire Madl, István Monok,
Budapest, Magyar Tudományos Akadémia Könyvtár és Információs Központ, 2017,
420 p., ill.
(«L’Europe en réseaux. Contributions à l’histoire de la culture écrite, 1650-1918», VII).
ISBN, 978-963-7451-31-7

István Monok, «Frédéric Barbier, un historien du livre qui sait où se trouve l’Europe centrale»
Sándor Csernus, «Naissance d’un adage flexible et aujourd’hui de retour: ‘la Hongrie, rempart de la chrétienté’»
Attila Verók, «Der Bibliothekskatalog als historische Quelle für die Ideengeschichte? Realität, Schwirigkeiten, Perspektiven, an einem Beispiel aus Siebenbürgen»
Ágnes Dukkon, «Le cheminement dans l’Europe des XVIe et XVIIe siècles du Calendrier historial, un type de publication populaire»
Ildikó Sz. Kristóf, «Anthropologie dans le calendrier: la représentation des curiosités de la nature et des peuples exotiques dans les calendriers de Nagyszombat (Trnava), 1676-1773»
István Monok, «L’aristocratie de Hongrie et de Transylvanie aux XVIIe et XVIIIe siècles et le ‘livre pour tous’»
Martin Svatos, «La Bibliotheca bohemica et la Nova collectio scriptorum rerum Bohemicarum de Magnoald Ziegelbauer, OSB. Un regard extérieur sur l’histoire et l’historiographie du royaume de Bohème »
Marie-Élisabeth Ducreux, «Qu’est-ce qu’un propre des saints dans les « pays de l’empereur » après le concile de Trente? Une comparaison des livres d’offices liturgiques imprimés aux XVIIe et XVIIIe siècles»
Claire Madl, «Langue et édition scolaire en Bohême au temps de la réforme de Marie-Thérèse. Retour sur une grande question et de petits livres»
Olga Granasztói, «Éloge du roi de Prusse. Les connotations politiques d’un succès de librairie: la Hongrie et la Prusse entre 1787-1790»
Olga Penke, «La traduction hongroise de La Nouvelle Héloïse. Un transfert culturel manqué»
Doina Hendre Biró, «Le contexte politique et les conditions d’achat de l’ancienne imprimerie des jésuites par Ignace Batthyány, évêque de Transylvanie»
Andrea Seidler, «Aubruchstimmung. Die Gründung des preßburgischen Ungarischen Magazins (1781-1787). Versuch einer Dokumentation»
Norbert Bachleitner, «Die österreichische Zensur, 1751-1848»
Eva Mârza, Iacob Mârza, «Le catalogue de la bibliothèque des thélogiens roumains de Budapest, 1890-1891»

lundi 23 octobre 2017

Conférences d'histoire du livre

Samedi 4 novembre 2017, à 14h.
Soutenance de la thèse de doctorat de
Monsieur Yves Le Guillou, conservateur à la Bibliothèque nationale de France.
Sujet: Topographie d'une bibliothèque. Les livres de Julien Brodeau, avocat au Parlement de Paris (1583-1653) (résumé ici).
Jury: Mmes et MM Frédéric Barbier, directeur d’études à l’EPHE, directeur de recherche au CNRS, directeur de la thèse; Pierre Bonin, vice-président à la Recherche, professeur à l’Université de Paris I; Emmanuelle Chapron, professeur à l’Université d’Aix-Marseille; Marisa Midori Deaecto, professeur à l’Université de Sao Paulo, pré-rapporteur; Robert Descimon, directeur d’études à l’EHESS, pré-rapporteur; Jean-Claude Waquet, directeur d’études à l’EPHE.
Lieu: Bibliothèque nationale de France, quai François Mauriac, auditorium 70.
La soutenance est publique.

Lundi 6 novembre 2017, à 17h.
Conférence publique d’histoire du livre
Lire et traduire De la démocratie en France, de François Guizot» (détails ici),
par Madame Marisa Midori Deaecto, professeur d’Histoire du livre à l’Université de Sao Paulo, professeur invité à l’École nationale des chartes.
Lieu: École nationale des chartes, 65 rue de Richelieu, 75002 Paris, salle Léopold Delisle (attention: l’inscription en ligne est obligatoire).

Mardi 7 novembre 2017, à 14h.
Conférence publique d’histoire du livre
Livres français, lecteurs hongrois : introduction à la problématique, aperçu sur les sources, mise en place de la chronologie,
par Monsieur István Monok, professeur à l’Université de Szeged, directeur général des Archives et Bibliothèques de l’Académie des sciences de Hongrie, professeur invité étranger à l’École normale supérieure (Labex TransferS).
Lieu : École normale supérieure, 45 rue d’Ulm, 75005 Paris, salle de conférences de l’Institut d’histoire moderne et contemporaine.
La conférence est publique, dans la limite des places disponibles. Elle inaugure une série de quatre conférences publiques présentées sur le thème
«Les transferts culturels à l’œuvre : culture française, librairie et pratiques de lecture en Hongrie royale de la fin du XVe siècle aux années 1680» par Monsieur Monok durant son séjour parisien.

jeudi 19 octobre 2017

L'histoire du livre à l'honneur

L’histoire du livre est à l’honneur.
Le lundi 16 octobre 2017, l’Université Károly Esterházy de Eger décernait ses deux premiers doctorats honoris causa, et elle a choisi d’honorer à cette occasion deux spécialistes de l’histoire du livre «à la française».
Il s'agissait de Frédéric Barbier, directeur d’études à l’École pratique des Hautes Études, directeur de recherche au CNRS (IHMC / ENS Ulm), et de Marisa Midori Deaecto, professeur à l’Université de Sao Paulo.
Les nouveaux docteurs honoris causa ont été présentés respectivement par Messieurs István Monok et Attila Verók, professeurs à l’Université de Eger. Après que chacun ait prononcé une conférence d'histoire du livre, les toges leur ont été remises par Madame Ilona Tari-Pajtók, vice-rectrice de l’Université.
Les historiens du livre et des bibliothèques, et tout particulièrement les lecteurs de notre blog, connaissent l’ancienne Haute École fondée par l’évêque Károly Esterházy en 1774 et devenue récemment université, pour la richesse de ses fonds de livres et surtout pour la somptuosité du local de sa bibliothèque.

lundi 9 octobre 2017

Calendrier des conférences

École pratique des hautes études
IVe Section (Sciences historiques et philologiques) 

Conférence d’Histoire et civilisation du livre

Calendrier des conférences pour l’année universitaire 2017-2018

Monsieur Frédéric Barbier, directeur d’études, directeur de recherche au CNRS (IHMC/ ENS Ulm)
Monsieur István Monok, directeur général des archives et bibliothèques de l’Académie des sciences de Hongrie, professeur d’histoire du livre aux universités de Szeged et de Eger, professeur invité étranger à l’École normale supérieure (Labex TransferS)
Monsieur Jean-Dominique Mellot, conservateur général à la Bibliothèque nationale de France

Attention:
La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des Hautes Études, de 16h à 18h. (sauf la séance du 7 novembre 2017).
Elle se déroule à la Maison des Sciences de l'homme, 54 boulevard Raspail, 75006 Paris, 1er sous-sol (Métro: Sèvres-Babylone, Rennes, Saint-Sulpice).
Les conférences sont tenues par Monsieur Frédéric Barbier, sauf indication contraire. Elles sont ouvertes à tous les étudiants ou auditeurs inscrits à l'École pratique des Hautes Études.
 
Le présent calendrier est donné à titre indicatif.


7 novembre 2017
14h-16h Ouverture de la conférence. « Livres français, lecteurs hongrois : introduction à la problématique, aperçu sur les sources, mise en place de la chronologie », par Monsieur István Monok, directeur général des archives et bibliothèques de l’Académie des sciences de Hongrie, professeur d’histoire du livre aux universités de Szeged et de Eger, professeur invité étranger à l’École normale supérieure (Labex TransferS)
Attention ! La conférence du 7 novembre (et elle seule) suivra exceptionnellement un horaire décalé, et elle se déroulera à l’ENS, 45 rue d’Ulm, 75005 Paris (IHMC, escalier D, 3e étage). Les conférences suivantes se dérouleront à la Maison des Sciences de l'homme, selon l'horaire habituel.
13 novembre, 16h-18h « Humanisme et piété dans les lectures en Hongrie au début du XVIe siècle », par Monsieur István Monok
20 novembre, 16h-18h « Étude de cas : Balthasar Batthyány, ou l’humanisme de la Réforme à travers les textes français », par Monsieur István Monok
27 novembre, 16h-18h « Transferts et modernité dans la théorie politique du XVIIe siècle : Miklós Pázmány et le jeune Miklós Zrínyi », par Monsieur István Monok
4 décembre, 16h-18h Sur les pas des Bénédictins : le Voyage littéraire de deux bénédictins (1), par Monsieur Frédéric Barbier, directeur d’études
11 décembre, 16h-18h Sur les pas des Bénédictins : le Voyage littéraire de deux bénédictins (2), par Monsieur Frédéric Barbier, directeur d’études
18 décembre, 16h-18h Sur les pas des Bénédictins : le Voyage littéraire de deux bénédictins (3), par Monsieur Frédéric Barbier, directeur d’études
25 décembre Pas de conférence
1er janvier 2018 Pas de conférence
8 janvier, 16h-18h Strasbourg : une ville du livre face à la Réforme, 1517-1538/1541 (1), par Monsieur Frédéric Barbier, directeur d’études
15 janvier, 16h-18h Strasbourg : une ville du livre face à la Réforme, 1517-1538/1541 (2), par Monsieur Frédéric Barbier, directeur d’études
22 janvier,16h-18h Strasbourg : une ville du livre face à la Réforme, 1517-1538/1541 (3), par Monsieur Frédéric Barbier, directeur d’études
29 janvier, 16h-18h Les professions du livre en France sous l'Ancien Régime (1), par Monsieur Jean-Dominique Mellot, conservateur général à la Bibliothèque nationale de France
5 février, 16h-18h La Nation Germanique de l’université d’Orléans et sa bibliothèque (1), par Monsieur Frédéric Barbier, directeur d’études
12 février, 16h-18h La Nation Germanique de l’université d’Orléans et sa bibliothèque (2), par Monsieur Frédéric Barbier, directeur d’études
19 février Pas de conférence : vacances d’hiver
26 février Pas de conférence : vacances d’hiver
5 mars, 16h-18h Une histoire des collections et des bibliophiles (1), par Monsieur Frédéric Barbier, directeur d’études
12 mars, 16h-18h Une histoire des collections et des bibliophiles (2), par Monsieur Frédéric Barbier, directeur d’études
19 mars, 16h-18h Humanisme et Réforme en Europe du nord-est aux XVIe siècle (1), par Monsieur Frédéric Barbier, directeur d’études
26 mars, 16h-18h Humanisme et Réforme en Europe du nord-est au XVIe siècle (2), par Monsieur Frédéric Barbier, directeur d’études
2 avril, 16h-18h Pas de conférence (lundi de Pâques)
9 avril, 16h-18h La critique des livres et de la lecture autour de 1500, par Monsieur Frédéric Barbier, directeur d’études
16 avril, 16h-18h Pas de conférence (vacances de printemps)
23 avril, 16h-18h Pas de conférence (vacances de printemps)
30 avril, 16h-18h Conférence réservée
7 mai, 16h-18h Conférence réservée
14 mai, 16h-18h Sujet à déterminer
21 mai, 16h-18h Sujet à déterminer
28 mai, 16h-18h Les professions du livre en France sous l'Ancien Régime (2), par Monsieur Jean-Dominique Mellot, conservateur général à la Bibliothèque nationale de France
7 juin Séance foraine (sous réserves)

vendredi 6 octobre 2017

Une histoire de la "bibliophilie"

Le séminaire sur la bibliophilie et la collection de livres qui vient de se tenir à Madrid a permis de souligner plusieurs points fondamentaux. Mais nous saluons d’abord une entreprise qui réintroduit dans le champ de la recherche universitaire une pratique traditionnellement restée marginale, quand bien même la collection de livres et la bibliophilie ont joué un rôle notable dans l’économie du livre depuis la fin du Moyen Âge et le tournant de l’époque moderne jusqu'à aujourd'hui.
Ouverture du séminaire dans un cadre éminemment symbolique, la Bibliothèque du Palais Royal de Madrid
Par commodité, nous regrouperons certains des enseignements du séminaire autour d'un projet de typologie. La pratique de la collection, et la constitution de bibliothèques qui correspondent a priori à des collections privées (même si elles sont dites «publiques»), fonctionnent en effet comme des paradigmes variant d’un espace et d’une chronologie à l’autre. Essayons-nous à la repérer, et à les regrouper.
Un premier modèle serait celui de la bibliothèque humaniste, dont l'objet est encyclopédique, en Italie comme à Nuremberg –et à Séville. Dans un second temps, c’est le modèle de la bibliothèque baroque qui émerge et qui s’impose rapidement –entendons, de la bibliothèque comme attribut d’un pouvoir qui se constitue alors à la fois comme rationnel et comme absolu. Cette chronologie recouvre une partie importante de la période d’Ancien Régime, à savoir les XVe-XVIIe siècles.
La bibliophilie au sens moderne du terme constitue une catégorie nouvelle, qui s'appuie celle du rare, voire du «curieux», et elle apparaît surtout à partir de la seconde moitié du XVIIe siècle: à côté de la bibliothèque, l’espace privilégié du livre rare est alors désigné comme celui du «cabinet choisi». Nous sommes devant une logique de distinction, dans l’acception sociologique du terme, logique qui s’articule avec les formes de la sociabilité du monde des Lumières, et notamment avec la conversation. La bibliophilie suppose par ailleurs l’élaboration d’un véritable «canon» de ce qu’il est légitime ou non de collectionner: ce canon est notamment donné par les publications des grands libraires parisiens, dont le plus importante est Debure, mais il est aussi défini par les principaux prescripteurs –les princes et leurs bibliothécaires, et les grands collectionneurs. Ceux-ci appartiennent très généralement à la noblesse, dans la France du XVIIIe siècle comme en Europe centrale, voire dans le Nouveau Monde.
Même si la bibliophilie fait l’objet de critiques sévères de la part du monde savant, parce qu’elle se traduit par une hausse des prix moyens du livre, la question reste posée: le déplacement du paradigme de la collection ne serait-il pas à mettre en parallèle avec le déplacement du pôle de pouvoir, et le passage de la «cour» à la «ville» et à ses salons?
Le dernier temps est celui d’un nouveau déplacement, dans lequel les catégories de l’identité et de la collectivité montent en puissance, avec l’élaboration d’une science de la langue et de ses productions (la philologie) qui attire l'attention sur des productions textuelles jusque là plus négligées. Il intervient aussi la définition d’identités collectives définies précisément par leur langue, par leur littérature… et par leur bibliothèque (cf réf. bibliographique: Les Bibliothèques centrales et la construction des identités collectives). On le sait, la catégorie elle-même de la nation est alors elle aussi en cours d’élaboration, tout particulièrement en France et dans l'espace germanique.
Un des points forts du programme de Madrid a porté sur sa dimension comparative. Certes, la construction d’une typologie est censée faciliter la compréhension, mais elle ne constitue jamais qu’une hypothèse: les modèle se superposent pour partie, parce que les chronologies changent selon la géographie (les structures politiques et sociales sont différentes, les appartenances religieuses varient, etc.). Le modèle débouche donc sur une simplification: celui que semble avoir privilégié le séminaire de Madrid est d'ordre fonctionnaliste, et s’appuie sur la catégorie centrale du pouvoir. D’autres approches seraient tout aussi légitimes, relatives aux différentes composantes permettant de décrire le système de la collection et de la bibliophilie: les pratiques, les représentations (les portraits de collectionneurs, les reliures, les ex libris), les contenus, les discours et les critiques (pensons à La Bruyère), les intermédiaires et leurs réseaux (experts et autres), etc.
Certaines collectivités  correspondent plus précisément à ce modèle théorique, quand d’autres manifestent un décalage lui-même signifiant, parce que leur histoire n’est pas la même, parce que leurs traditions livresques diffèrent et parce que leurs possibilités d’accéder au marché des exemplaires disponibles sont elles aussi très différentes.
C’est pourtant le rôle de la typologie, que de mettre en lumière les éléments et les facteurs qu’elle ne prend pas directement en considération, mais qui n’en contribuent pas moins à sa détermination. Plusieurs très bonnes conférences présentées au cours du séminaire, notamment par des jeunes chercheurs, les ont envisagés plus précisément, par ex. sur la définition et sur le rôle des «intermédiaires» dans le monde des bibliophiles espagnols du XVIIIe siècle, sur la question du genre (les femmes apparaissent aussi parmi les collectionneurs), ou encore à travers des études de cas (entre autres, sur le marquis de Villagarcía),
Autant d’éléments, parmi d’autres, qui restent ouverts pour la recherche à venir.

dimanche 1 octobre 2017

Les Cahiers de science et vie, oct. 2017

Précisons d'entrée, avec un clin d'œil, que ce n’est pas seulement à cause des pages 84-86 (cf cliché ci-joint!) que nous ne pouvons que conseiller de se procurer la dernière livraison des Cahiers de science et vie (oct. 2017), mais bien parce que le dossier présenté porte sur l’écriture («L’écriture: comment elle a changé le monde»), et parce qu’il constitue une introduction à la fois informée et agréable à un domaine qui touche aussi à l’histoire des médias et du livre. À l'heure où il est de bon ton de vilipender les journalistes, c'est là un vrai travail de journalistes scientifiques.
L’écriture est d’abord envisagée comme «une pratique protéiforme» (p. 24 et suiv.): on transcrit très généralement le langage oralisé, mais «d’autres choses que des mots» peuvent aussi être notées (la musique, le mouvement, les mathématiques, etc.), tandis que la variabilité des écritures, c’est-à-dire des systèmes de codage, est infinie. Nous ajouterions volontiers que notre appétence pour la typologie n’est pas sans risques: l’écriture alphabétique n’est pas fondée sur la seule logique de l’alphabet, et la ligne d’évolution n’est pas systématiquement celle d'un travail d'analyse de plus en plus poussé, ni d’une abstraction croissante.
Le dossier revient ensuite sur les «proto-écritures» (p. 30 et suiv.), autrement dit sur les signes probablement symboliques dont on observe l’existence dès la préhistoire (nous en avons mentionné quelques exemples sur ce blog): il existe en effet des systèmes graphiques antérieurs aux écritures proprement dites, mais nous ne disposons plus des éléments qui permettraient de les interpréter.
L’apparition de l’écriture proprement dite est traitée ensuite («Et l’homme se mit à écrire», p. 34 et suiv.), à partir bien évidemment des exemples de la Mésopotamie et de l’Égypte (peut-être aurait-il fallu développer un petit peu plus le cas de la Phénicie?) La contribution évoque, même très brièvement, un certain nombre de questions posées par l’articulation entre l’essor de l’écriture (nous devrions écrire: des écritures) et les catégories de la pensée que celle-ci contribue à structurer (par ex., «l’esprit critique ne serait véritablement né qu’avec l’écriture», p. 40). Ce thème fondamental sera repris à la fin du dossier.
La variété des supports d’écriture est envisagée ensuite, des tablettes d’argile (puis de cire) au papyrus, au parchemin, au papier et aux nouveaux supports: bien évidemment, la nature du support détermine dans une très large mesure la forme matérielle de l’objet, du volumen au codex, etc.(mais elle peut aussi déterminer la forme des signes, comme le montre l'exemple de l'épigraphie).
La suite de la livraison présente un certain nombre de problèmes connexes, mais qui restent fondamentaux: l’histoire et l’avenir des bibliothèques, celles-ci étant avant tout envisagées dans leur articulation avec les pouvoirs politiques (p. 48 et suiv.); puis, la question de l’original, de la copie, du faux, etc. La «Naissance d’une civilisation du texte» (p. 56 et suiv.) constitue une note particulièrement intéressante (p. 56 et suiv.): mais le problème reste posé, s'agissant de la Grèce classique, de la transition entre une civilisation de la parole, qui est encore celle de Socrate, et une civilisation de l’écrit, qui sera celle de Platon, puis d’Aristote, et dont le Musée d’Alexandrie constituera comme le symbole érigé au rang de mythe.
«Les livres qui ont changé le monde» présente d’abord des textes à connotation religieuse, puis des textes de littérature, de politique (de Platon à Karl Marx) et enfin des textes relevant du savoir scientifique: il ne sert de rien de discuter le choix des titres retenus, il suffit de profiter de la promenade suggestive qui nous est ainsi proposée, à travers un certain de très grands textes consacrés par la mémoire collective... et par l'histoire éditoriale. Puis, la presse périodique est brièvement envisagée par une contribution spécifique («L’information brise ses chaînes», p. 72 et suiv.), bien informée mais à laquelle on fera sans doute, plus qu’à d’autres, le reproche d’être surtout orientée sur le cas de la France.
L’évocation des «Index, autodafés», etc. («Quand les livres font peur») est tout particulièrement bien venue. Enfin, le dernier texte, avant l’interview, pose la question devenue fondatrice: à l’heure des nouveaux médias et de la généralisation des pratiques qui leur sont liées, quelles conséquences, même à plus long terme, pourrait avoir la mutation aujourd’hui engagée, sur les modes de pensée qui sont les nôtres, tout au moins en Occident, sur la permanence d’un certain nombre de catégories que nous aurions crues fondatrices (texte, auteur, littérature, langue…), voire plus profondément sur la structuration même de notre cerveau. Des remarques qui s’imposent, à l’heure où l’on discute toujours, dans notre pays, des réformes à mettre en œuvre pour l’apprentissage de la lecture.
Ajoutons qu’un des agréments, et non le moindre, de ce petit fascicule réside dans son illustration à la fois élégante et très généralement pertinente. Et concluons en recommandant une publication modeste, mais efficace et bien informée, et qui est réellement susceptible d’introduire le non-spécialiste à notre champ d’études.

vendredi 29 septembre 2017

La bibliothèque d'une ancienne résidence

En Allemagne du nord, le Holstein est un pays de conquête: d’abord occupée par les Slaves, la région est progressivement christianisée avec la fondation d’un archevêché de mission à Brême et à Hambourg. L’évêché d’Oldenburg (Holst.) est créé dans la seconde moitié du Xe siècle, avant d’être déplacé à Lubeck en 1163. La colonisation du pays par les Saxons est alors en cours, et l’évêque installe sur le site d’Eutin des émigrés venus des Pays-Bas. La ville, qui accueillera le prince-évêque à la suite de son départ de Lubeck, reçoit le statut municipal en 1257.
À la suite de la Réforme (1560), le pouvoir passe à la dynastie ducale des Holstein-Gottorf, qui prennent le titre de «princes-évêques» –un cas unique dans la géographie de l’Allemagne luthérienne. La petite principauté réussira à perdurer jusqu’en 1806, en profitant des luttes d’influence entre ses puissants voisins, le Danemark et la Suède, puis la Russie. Dans l'intervalle, les Holstein-Gottorf sont aussi montés sur le trône d'Oldenburg (1773), aujourd'hui en Basse-Saxe.
Carte du Holstein, dans le Theatrum d'Ortelius, 1603
(Nota: la carte tirée du Theatrum orbis terrarum d'Ortelius au début du XVIIe siècle permet de localiser les deux duchés de Schleswig et de Holstein, au nord de l'Elbe. On repère aisément les villes de Hambourg et de Lubeck, qui tiennent les débouchés respectivement sur la mer du Nord et sur la Baltique. Oldenburg (Oldenborch) et Eutin (Oytin) sont situées au nord de Lubeck).

Dans un agréable environnement semé de lacs, la ville historique d’Eutin a ainsi pu conserver les caractéristiques qui sont celle d’une «ville de résidence»: d’un côté, le château, ancienne forteresse réaménagée à l'époque moderne, et son quartier; de l’autre, la ville, organisée autour de la place du marché; enfin, les parcs princiers, eux-mêmes adossés au lac. L’architecture fait une large place à la brique, avec un très bel ensemble de maisons à colombages.
Bien évidemment, les princes-évêques possédaient une petite bibliothèque privée installée au château, et ils l’enrichissent tout particulièrement à l’époque des Lumières (ce qui explique l’importance des titres en français). Cependant, lorsque la principauté est réunie au grand-duché d’Oldenburg, le souverain tend à s’installer à demeure dans cette dernière ville: Eutin conserve le statut de résidence estivale, mais la première bibliothèque publique est effectivement fondée à Oldenburg en 1792.
Au début du XIXe siècle, le souverain souhaite créer une seconde bibliothèque publique dans sa résidence d'Eutin. Le fonds sera constitué par la réunion de trois bibliothèques privées, dont celle des princes-évêques de Lubeck, et la bibliothèque ouvre au public en 1837. Elle comptera quelque 30 000 volumes à la veille de la Première Guerre mondiale. Depuis 1994, elle est installée dans l’ancienne «Kavalierhaus», face au château. Le fonds ancien est tout particulièrement riche pour le XVIIIe siècle, avec comme points forts l’histoire et la géographie de la région, mais aussi la littérature des Lumières et les récits de voyages –la bibliothèque abrite d’ailleurs un centre d’études spécialisé dans ce dernier domaine. Une bibliothèque de lecture publique (Kreisbibliothek) existe parallèlement.

Notice sur la bibliothèque d’Eutin dans le Handbuch de Bernhard Fabian :
http://fabian.sub.uni-goettingen.de/fabian?Eutiner_Landesbibliothek
Site de la Landesbibliothek d'Eutin:
http://www.lb-eutin.de/index.php?id=291
Colloque e 2017 consacré aux «voyages bibliographiques»:
http://histoire-du-livre.blogspot.de/2017/08/colloque-dhistoire-du-livre_23.html 

Le château des princes-évêques, dans un ancien site fortifié